Pierre Savigny de Belay

Pierre Savigny de Belay (1890-1947)

De son vrai nom Eugène Pierre Savigny (ou Pierre Savigny de Belay du nom d’un de ses ascendants de la branche maternelle), Pierre de Belay découvre sa vocation de peintre en 1900. Son père négociant en vins, artiste amateur qui peint beaucoup de paysages des bords de l’Odet ou l’activité du port de Quimper, ne s’oppose pas aux ambitions de son fils. Les seuls conseils qu’il accepte sont ceux de son père. En 1903, Pierre Savigny de Belay peint déjà de nombreux portraits de notables quimpérois.

Il est repéré par Max Jacob, poète quimpérois et grand ami de la famille. Déjà, Max Jacob lui prédit qu’il deviendrait un artiste célèbre. Il étudie sans maître, travaille quinze heures par jour, fait des croquis de pêcheurs au port, note les épisodes de la vie quotidienne des marins. Max Jacob lui enseigne à diriger, à contrôler sa nature, mais à ne pas lui désobéir.

En 1905, Max Jacob et Pierre Savigny de Belay s'installent à Paris. Ils vivent à Montmartre, au Bateau-Lavoir, où se trouve entre autres l’atelier de Picasso. Pierre de Belay y rencontre de nombreux artistes et se plonge dans un véritable bouillonnement d’idées. Malgré cette effervescence, Pierre Savigny de Belay garde son indépendance vis-à-vis des courants artistiques de cette époque.

Blessé devant Verdun, il se fixe à Paris en 1919 où il multiplie les scènes de café et de coulisses de théâtres et retourne de temps en temps en Bretagne pour y reprendre ses modèles de prédilection, les pêcheurs de Concarneau, d’Audierne, de Lesconil et de Douarnenez. Il expose avec succès à Paris. Ce n’est qu’à partir de 1923 qu’il va séjourner régulièrement en Bretagne, au moins deux mois chaque été, à Tréboul (à l'hôtel de la Baie) et Audierne, en compagnie de son épouse Hélène.

Lorsqu’il séjourne à l’hôtel de la Baie, ce sont des périodes d'intenses activité pour le peintre : chaque matin il part avec tout son matériel. Il aime particulièrement l'atmosphère du port. Son chevalet planté à quelques encablures de l'océan. Les travailleurs de la mer respectent l'artiste qui effectue son travail à leurs côtés. Il fixe sur la toile ou sur son carnet le marin engoncé dans son caban, le compagnon assemblant les filets dans la barque, le mousse godillant vers la cale. Sa Cornouaille natale, qui reste l’endroit préféré de l’artiste, lui offre une diversité de paysages. Mais les ports ne sont pas les seuls endroits où il aime peindre. Il apprécie aussi l’ambiance et l’animation des marchés et surtout Penmarc'h. Il s’attache à dépeindre des expressions fugitives des visages dans les foules.

Pierre de Belay renouvelle les thèmes traditionnels bretons avec un dynamisme, des couleurs et une structure considérés comme fondamentalement modernes. Il fréquente très peu les peintres de la Bretagne, afin de garder son indépendance, et il leur préfère de solides amitiés, comme celle qu’il entre tient avec le compositeur Paul Le Flem. Il utilise une gamme de tons limités, des personnages réduits aux volumes élémentaires. Ses groupes de pêcheurs montrent parfois la naïveté franche et folklorique des imagiers populaires. Pourtant ses œuvres ne sont pas sans influence des mouvements qu’il a fréquentés. Ainsi, la construction de ses compositions et de ses personnages emprunte au cubisme (Le couple breton, 1933), ses couleurs et sa touche sont influencées du fauvisme (La Gavotte, 1919). La curiosité et la passion pour la « chose vue », sa manière de capter des expressions fugitives sur les visages font de Pierre Savigny de Belay un reporter de son temps.

Œuvres de cet artiste